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Intimité : osez cultiver votre jardin secret, il peut fleurir toute l'année !

  • 24 mars
  • 6 min de lecture

« J’avais 68 ans, et j’avais encore besoin qu’on me dise que j’avais le droit de toucher mon propre corps. » Ces mots, prononcés par Béatrice, veuve et ancienne enseignante, résonnent comme un écho des tabous qui entourent encore la sexualité des séniors. Lors d’un récent Happy Sexo consacré à « l’intimité avec soi-même », Céline Candillier, médecin psychiatre et sexologue s'est attaqué à un sujet dont on ne parle jamais : la masturbation. Une pratique qui n'est ni honteuse, ni exceptionnelle, mais au contraire saine et libératrice... même après 60 ans !


Dans une société où le désir des aînés reste un sujet de gêne, voire d’invisibilité, les chiffres parlent pourtant d’eux-mêmes. Entre 60 et 69 ans, 14 % des femmes et 50 % des hommes déclarent se masturber au moins une fois par semaine*. « Ces écarts ne reflètent pas une différence de désir, mais une inégalité dans la permission sociale, » explique Céline Candillier. « Les femmes de cette génération n’ont souvent jamais osé explorer leur corps, par manque d’éducation, par culpabilité, ou parce qu’elles ont toujours associé la sexualité à la vie de couple. »


Pourtant, comme le montre le témoignage de Béatrice, l’auto-érotisme peut devenir une porte vers la reconquête de soi, surtout après un veuvage, une maladie, ou simplement avec l’avancée en âge. « Après 42 ans de mariage sans jamais avoir pratiqué la masturbation, elle se retrouvait face à un corps qu’elle ne connaissait pas, et à un désir qu’elle n’osait pas assumer, » raconte la sexologue. « Son amie Catherine lui a simplement rappelé une évidence : ‘Tu as le droit d’être heureuse, et ton mari l’aurait voulu aussi.’ » Ce déclic, aussi simple qu’il paraisse, a ouvert la voie à une révolution intime – celle d’une femme redécouvrant, à près de 70 ans, que le plaisir ne s’arrête pas avec l’âge.


Un tabou tenace : « À mon âge, ce n’est plus normal »

« La sexualité s’éteint naturellement après un certain âge. » « La masturbation c’est pour les jeunes ou les célibataires. » « En couple, c’est trahir son partenaire. » Autant d’idées reçues que Céline Candillier déconstruit, une à une, avec une pédagogie sans concession lors de ses conférences Happy Sexo.


« Ces croyances sont le fruit d’une société qui a longtemps nié la sexualité des seniors, surtout celle des femmes, » analyse-t-elle.


« On associe encore le désir à la jeunesse, à la performance, à la pénétration… alors qu’il s’agit avant tout d’une question de bien-être, de santé, et de connexion à soi. »

 Les études le confirment, le désir persiste bien au-delà de 60 ans, et la masturbation, loin d’être un pis-aller, est une pratique bénéfique – physiquement, mentalement, et même relationnellement.


Sur le plan physique, ses vertus sont multiples. « La libération d’endorphines agit comme un antidouleur naturel, soulageant les maux liés à l’arthrose ou aux migraines, » précise la sexologue. « Chez les femmes, elle préserve l’élasticité vaginale et limite les effets du syndrome génito-urinaire de la ménopause. Chez les hommes, elle maintient la vascularisation des corps caverneux, essentielle à la fonction érectile. » Sans compter ses effets sur le sommeil, la réduction du stress, ou même la prévention du cancer de la prostate chez les hommes.


Mais au-delà des bienfaits physiologiques, la masturbation est avant tout un acte d’auto-acceptation. « Se toucher, c’est se dire : ‘Mon corps mérite du plaisir, même s’il a changé.’ C’est un moyen de lutter contre l’isolement, la dépression, et cette idée que le vieillissement rime avec déclin, » souligne Céline Candillier. « Beaucoup de mes patients me disent : ‘Je ne me reconnais plus.’ La masturbation leur permet de se réapproprier leur image, de se sentir vivants, désirables, et en paix avec eux-mêmes. »


L’intimité réinventée : quand le corps change, mais pas le plaisir

« Mon corps ne fonctionne plus. » « C’est fini pour moi. » « Après la ménopause/la prostatectomie/le veuvage, je n’ai plus le droit. » Autant de phrases que Céline Candillier entend régulièrement dans son cabinet. « Ce n’est pas votre corps qui ne fonctionne plus, c’est la manière dont vous l’abordez qui doit évoluer, » répond-elle systématiquement.


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Avec l’âge, les réactions sexuelles ralentissent : l’excitation met plus de temps à venir, les érections sont moins fermes, la lubrification naturelle diminue. « Mais cela ne signifie pas que le plaisir disparaît, » insiste-t-elle. « Il faut simplement apprendre à l’écouter autrement. » 


Pour les femmes, cela peut passer par l’exploration de zones érogènes autres que le vagin (le clitoris, les seins, la nuque…), ou par l’utilisation de lubrifiants et de sextoys adaptés. Pour les hommes, la stimulation du frein ou des testicules peut offrir des sensations aussi intenses qu’une érection.


« Je conseille toujours à mes patients de prendre trois fois plus de temps pour tout : se déshabiller, s’embrasser, se caresser, » explique-t-elle. « Le corps vieillit, mais il gagne en sensibilité. Si on le respecte, il nous le rend. » 

Cette approche, plus lente et plus consciente, permet de découvrir des plaisirs insoupçonnés. « Certains couples me disent : On ne fait plus l’amour comme avant, mais c’est mieux ! On a moins de pression, plus de tendresse, et une complicité nouvelle. »


Pour ceux qui redoutent la solitude ou la maladie, Céline Candillier rappelle une évidence : « Le désir ne meurt pas avec le corps. J’ai une patiente de 92 ans qui continue à avoir une sexualité épanouie, seule ou avec son conjoint de 88 ans, » confie-t-elle. « Ce qui compte, c’est l’envie, pas la performance. » Même en EHPAD, où l’intimité est souvent niée, le droit au plaisir devrait être préservé. « Une masturbation régulière peut apaiser les troubles du comportement et réduire le recours aux médicaments, » argue-t-elle. « Pourquoi en priver les résidents ? »


En couple : la masturbation comme terrain de jeu

« Introduire la masturbation dans un couple de longue date, c’est comme ouvrir une porte secrète : ça peut tout changer. »  L’auto-érotisme partagé est une façon de réinventer l’intimité, surtout quand la pénétration devient difficile ou moins désirée.


« Beaucoup de couples pensent que la sexualité se limite au coït, » observe-t-elle. « Mais il existe mille autres façons de prendre du plaisir ensemble : se masturber côte à côte, utiliser des sextoys, explorer des caresses non génitales…» Ces pratiques, loin de menacer le couple, le renforcent en brisant la routine et les non-dits. « Un homme qui accepte de voir sa femme se toucher devant lui, ou inversement, montre une grande confiance, » souligne-t-elle. « Cela crée une complicité rare. »


Pour les couples confrontés à des difficultés (douleur, dysfonction érectile, perte de désir), la sexologue recommande de consulter un·e professionnel·le pour adapter les pratiques. « Parfois, il suffit de quelques séances pour dédramatiser la situation et trouver des solutions, » explique-t-elle. « L’important est de parler, sans tabou. »


« Un couple qui ose aborder ces sujets ensemble construit une intimité plus solide que jamais. La sexualité après 60 ans n’est pas une course à l’orgasme, mais une danse à deux – ou à un. »


Comment commencer ?

Pour ceux qui hésitent encore, Céline Candillier propose une méthode en trois temps : permission, exploration, bienveillance. D’abord, se donner l’autorisation. « Beaucoup de mes patients culpabilisent, comme s’ils volaient un plaisir qui ne leur était plus destiné, » constate-t-elle. « Il faut se répéter : ‘Mon corps m’appartient. J’ai le droit d’en jouer.’ » Ensuite, créer un environnement rassurant : une pièce calme, une lumière douce, du temps devant soi. « C’est un rendez-vous avec vous-même, » rappelle-t-elle. « Pas besoin de performance, juste de curiosité. »


Enfin, y aller progressivement. « Commencez par des caresses non génitales, puis explorez, » conseille-t-elle. « Utilisez un lubrifiant, un sex-toy si besoin, et arrêtez-vous dès que c’est inconfortable. L’idée n’est pas d’atteindre l’orgasme à tout prix, mais de réapprivoiser son corps. »


Pour celles et ceux qui se sentent perdus, des ressources existent comme des audioguides érotiques, des livres spécialisés (dont le futur « Petit Guide Sexo des Seniors Épanouis », coécrit par Céline Candillier !), ou la possibilité de consultation avec un sexologue. « Vous n’êtes pas seul·e, » insiste-t-elle. « Le plaisir est un droit, pas un privilège. »


Un message d’espoir : le désir n’a pas de date de péremption


« La sexualité après 60 ans, c’est comme un jardin, » résume Céline Candillier. « Il demande un peu plus d’attention, mais il peut fleurir toute l’année. » Que l’on soit célibataire, en couple, veuf, malade ou en pleine santé, l’intimité avec soi-même reste une source inépuisable de bien-être.

« Béatrice, aujourd’hui, sourit quand elle parle de son "jardin secret" » raconte la sexologue. « Elle a compris que le plaisir n’appartenait à personne d’autre qu’à elle. Et c’est ça, la vraie liberté. »


Pour aller plus loin :


*Sources : Herbenick et al. (J Sex Med, 2010) · Fischer et al. (Arch Sex Behav, 2022)

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