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Au-delà de la performance : redécouvrir l’érotisme sensoriel

  • il y a 3 heures
  • 7 min de lecture

La sexualité après 60 ans n’est pas une fin, mais une métamorphose. Les changements physiologiques ne signent pas l’arrêt du plaisir. Ils invitent, au contraire, à réinventer notre rapport à l’intimité, à explorer des territoires de sensations souvent négligés. C'est ce que nous explique Céline Candillier, médecin psychiatre et sexologue.


Dans une société obsédée par la performance, où la sexualité est souvent réduite à des critères de rapidité, de pénétration et d’orgasme, les séniors ont une opportunité unique : celle de déconstruire les normes pour découvrir une sexualité plus lente, plus sensorielle, plus connectée. Une sexualité où le plaisir ne se mesure plus à l’aune de standards imposés, mais à celle de l’émotion, de la complicité et de la curiosité.


Le mythe de la performance : une prison à quitter

Notre vision de la sexualité a été façonnée par des siècles de culture patriarcale et des décennies de tabous et d’injonctions. Dans les années 1940-1960, le sujet était tu, enfoui sous le poids des conventions. Puis est venu Mai 68, avec sa promesse de libération sexuelle. Mais cette libération s’est rapidement transformée en une nouvelle forme de contrainte : le devoir de jouir, le devoir de performer. Les années 1980-1990 ont enfoncé le clou en imposant un modèle normé, centré sur la pénétration et l’orgasme, largement popularisé par la pornographie.


Résultat ? Une souffrance diffuse, un sentiment d’échec quand le corps ne répond plus comme à 20 ans. Pourtant, après 60 ans, le corps nous offre une chance inouïe : celle de sortir de la performance pour redécouvrir le plaisir sous toutes ses formes. Les changements physiologiques — moins d’érections spontanées, des muqueuses vaginales plus fragiles, un désir plus fluctuant — ne sont pas des obstacles, mais des invitations à explorer autrement.


« La performance sexuelle est une prison, tandis que la sensorialité est une libération » Céline Candillier

Alors, pourquoi ne pas en profiter pour élargir notre carte du plaisir ?



Les cinq sens : une nouvelle géographie du plaisir

Oubliez l’idée que le plaisir se limite aux zones génitales. Notre corps tout entier est un territoire de sensations, et nos cinq sens sont des portes d’entrée vers une intimité plus riche et plus profonde.


Le toucher, d’abord, est sans doute le sens le plus sous-estimé. Pourtant, notre peau, avec ses millions de récepteurs, est capable de nous procurer des plaisirs insoupçonnés. L’exercice du slow touch — 20 minutes de caresses guidées, hors zones génitales et seins — permet de redécouvrir des zones oubliées : la nuque, l’intérieur des bras, le bas du dos, l’arrière des genoux, le cuir chevelu… L’idée n’est pas de chercher l’orgasme, mais de réveiller les sensations, de communiquer avec son partenaire pour savoir ce qui plaît, ce qui surprend, ce qui émeut.


« Réapprendre à caresser, ce n'est pas uniquement dans les moments d’intimité, précise Céline Candillier, c'est dans le temps. Tous les jours de la vie, c'est-à-dire se tenir la main, se prendre dans les bras, passer derrière son ou sa partenaire et lui déposer un baiser dans le cou, lui masser les pieds pendant qu’on regarde la télé ou se masser mutuellement les mains. Tous gestes, ces marque d’attention, d’affection maintiennent la connexion physique sans pression ».


L’odorat, ensuite, est un sens trop souvent négligé. Pourtant, chaque corps a une odeur unique, qui joue un rôle dans l’attirance. Plutôt que de chercher à masquer cette odeur naturelle, pourquoi ne pas en faire un allié ? 


Les huiles essentielles, comme l’ylang-ylang, peuvent aussi contribuer à créer une ambiance sensuelle. L’odorat est directement lié au cerveau limbique, celui des émotions : une odeur peut nous transporter, éveiller des souvenirs, intensifier le désir. 


Astuce : N’hésitez pas à vous offrir des bougies de massage parfumées ! Elles diffusent une lumière intimiste, dégagent des odeurs gourmandes et permettent des caresses encore plus chaudes !


Le goût offre une autre voie vers l’érotisme. Redécouvrir le baiser, non plus comme un prélude précipité, mais comme une exploration lente et savoureuse. S’embrasser pendant cinq minutes sans faire autre chose, varier les rythmes, sentir les lèvres de l’autre… Et pourquoi ne pas intégrer des jeux alimentaires ? Croquer un grain de raisin entre les lèvres, partager une pâtisserie, lécher le sucre sur les doigts de l’autre. Ces petits gestes transforment l’intimité en un moment ludique et gourmand.


Astuce : Pas envie de fouiller dans les placards de la cuisine ? Pas de problème, les lubrifiants et autres cosmétiques intimes - et certains préservatifs - se déclinent dans de nombreuses saveurs.


L’ouïe joue également un rôle clé. Les mots, les gémissements, les soupirs, la musique… Tout cela participe à créer une ambiance érotique. Dire à son partenaire ce qu’on aime, l’encourager, s’autoriser à exprimer son plaisir vocalement : autant de façons de renforcer la connexion. Certains couples aiment les playlists partagées, d’autres préfèrent le silence, rythmé par la respiration synchronisée. Partager la lecture ou l’écoute d’un texte érotique peut aussi faire monter la température !


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Enfin, la vue est souvent le sens le plus évident, mais aussi le plus intimidant. Se regarder dans les yeux pendant une relation intime crée une connexion profonde. Pour ceux qui se sentent gênés, une lumière tamisée peut aider à s’habituer progressivement. L’important est de regarder le corps de l’autre avec gratitude, pour ce qu’il a vécu, pour les moments partagés, pour tout l’amour et le plaisir qu’il permet de ressentir.


Astuce : Si vous êtes à l’aise, choisir de la jolie lingerie est un excellent moyen de se faire plaisir, de se sentir plus désirable et certainement plus désirée !


Le slow sex : l’art de la lenteur

Vous avez la chance d’avoir du temps, alors profitez-en ! Bloquez deux heures, non pas obligatoirement pour faire l’amour, mais pour être ensemble, sans regarder l’heure, sans objectif précis. La règle d’or : divisez la vitesse du temps par trois. Se déshabiller trois fois plus lentement, s’embrasser trois fois plus longtemps, se caresser avec une attention nouvelle.


Au début, cela peut sembler étrange, voire inconfortable. Nous ne sommes pas habitués à cette lenteur. Pourtant, c’est dans cet espace que naissent des sensations inédites, une intensité différente, où le plaisir réside dans le moment présent, et non dans un résultat à atteindre. La communication verbale est essentielle : « Est-ce que tu aimes ? Plus fort ? Plus doucement ? » Ces questions, loin de briser l’ambiance, la renforcent, car elles montrent que le plaisir de l’autre compte autant que le sien.


En solo aussi !

La masturbation après 60 ans reste un sujet tabou, pourtant elle est normale, saine et bénéfique. Elle permet de maintenir la lubrification et la fonction érectile, de libérer des endorphines, de réduire le stress, l’anxiété et d’améliorer le sommeil. Mais surtout, elle offre une occasion de se reconnecter à son corps, de le redécouvrir, de l’aimer tel qu’il est.


« La masturbation, que l’on soit célibataire ou en couple d’ailleurs, est une source d’épanouissement personnel. Les bénéfices sont physiques mais aussi psychologiques. Mieux connaître son corps, s’affirmer dans son plaisir renforce la confiance et l'estime de soi. »

Pour créer un cadre propice, accordez-vous un moment rien que pour vous : 30 minutes, 45 minutes, une heure. Installez-vous dans un endroit qui vous plaît, avec une ambiance qui vous détend. L’idée est de se dire : « Je mérite ce moment. Mon plaisir est important. » Explorez votre corps avec curiosité, utilisez des sextoys si vous le souhaitez. «  je conseille de noter dans un « carnet sensoriel » ce qui a été ressenti. Les zones sensibles, les émotions, les moments où je me sentais moins bien et pourquoi. Cela permet d'avoir une évolution et un apprentissage plus important de soi. »


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Certains trouvent aussi du plaisir dans la danse sensuelle en solo : bouger librement sur une musique, laisser son corps s’exprimer par des ondulations. L’important est de trouver ce qui vous correspond, sans jugement, sans honte.


« Si vous envisagez une future rencontre, ce travail d'exploration sensorielle en solo, est la meilleure préparation possible, souligne Céline Candillier. Être plus à l'aise avec son corps, connaitre son plaisir, c’est aussi pouvoir communiquer plus clairement à l’autre ce que l’on aime ou pas. Cette « autonomie sensuelle » diminue beaucoup la pression sur le partenaire et la relation. » . 


Mais concrètement, comment adapter sa sexualité aux changements du corps ?

Les changements physiologiques peuvent parfois rendre l’intimité plus complexe, mais des solutions existent. Pour les femmes, la sécheresse vaginale peut être atténuée par des lubrifiants (lien valentima) et des hydratants réguliers. En cas de persistance, un traitement hormonal local peut être envisagé, sans risque pour la santé.


Pour les hommes, les troubles de l’érection ne sont pas une fatalité : des médicaments comme les inhibiteurs de la phosphodiestérase peuvent aider, mais ils ne sont pas la seule solution. La communication avec son partenaire et l’exploration de nouvelles formes de plaisir (massages, sextoys, etc.) sont tout aussi importantes.



Les douleurs, comme celles liées à l’arthrose, ne doivent pas être un frein. Il suffit parfois de choisir les moments de moindre douleur, de prendre un antalgique une heure avant, ou de modifier certaines positions en utilisant par exemple des coussins pour plus de confort. L’important est de ne pas renoncer, mais de s’adapter.


En conclusion…

Il n’y a pas de normes, pas de calendrier, pas de « trop tard ». Que vous ayez 60, 75 ou 85 ans, que vous soyez en couple depuis 40 ans ou célibataire, l’essentiel est de communiquer, explorer et savourer. Comme le rappelle le Céline Candillier : « Performance égale prison. Sensorialité égale libération. »


Alors, par où commencer ? Peut-être par un massage, un baiser lent, une danse en solo… L’important est de se donner la permission de prendre son temps, de redécouvrir son corps et celui de l’autre avec curiosité et bienveillance.

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