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Elles comptent aussi : brisons le silence autour des violences faites aux femmes de plus de 75 ans

  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

Chaque année, le 25 novembre, la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes rappelle une réalité glaçante : les violences conjugales et les féminicides ne connaissent pas de frontière d’âge. Pourtant, lorsqu’on évoque ces crimes, on pense rarement aux femmes de plus de 75 ans. Invisibles dans les statistiques, absentes des débats médiatiques, elles subissent pourtant une violence d’une brutalité inouïe.


Des crimes ignorés, une violence niée

Les féminicides de femmes âgées ne font pas la une des journaux. Pas de procès retentissants, pas d’émissions choc, pas de tribunes enflammées. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : en quinze ans, de 2008 à 2023, 340 femmes de plus de 70 ans ont été tuées par leur compagnon.


Une hécatombe qui ne suscite ni indignation collective ni mobilisation politique. Les auteurs de ces crimes, souvent des maris ou des conjoints, agissent dans l’impunité relative d’une société qui préfère détourner le regard. Leur violence n’est pas un « drame de la vieillesse », comme on l’entend parfois, mais bien l’expression d’un droit de vie et de mort qu’ils s’arrogent sur leur compagne, comme s’il était naturel de disposer ainsi du corps et de l’existence d’une femme, quel que soit son âge.


En 2024, les femmes âgées de 70 ans et plus ont représenté 26 % des 107 victimes de féminicides, en hausse de 9 points par rapport à l’année précédente. 14 femmes avaient plus de 75 ans, mais elles sont invisibles,  les statistiques officielles enregistrées par les services de sécurité s’arrêtant à cet âge. Comme si les violences conjugales avaient une limite d'âge...


Cette augmentation des violences chez les séniors, se confirme.


Le rapport 2025 de l’observatoire national des violences faites aux femmes note que les jeunes femmes et les femmes âgées sont surreprésentées parmi les victimes de féminicides directs au sein du couple.

En effet, alors qu’elles représentent 12 % des femmes dans la population française, 16% des victimes étaient des femmes de 20 à 29 ans, et 41 % des victimes étaient âgées de 60 ans ou plus, alors qu’elles représentent  32 % de la population française.


L’omerta des femmes âgées : une soumission conditionnée


Les femmes de plus de 75 ans ont grandi dans une époque où l’obéissance au mari, l’omerta familiale et la soumission étaient la norme. Elles n’ont pas bénéficié des campagnes de sensibilisation sur les violences conjugales qui, depuis les années 2000, ont progressivement touché les générations plus jeunes. Pour elles, porter plainte reste un acte presque impensable, chargé de honte et de culpabilité. « C’est moi qui ai échoué », « Il ne voulait pas faire ça », « Et si c’était de ma faute ? » – autant de phrases qui reviennent dans les rares témoignages recueillis.

Leur dépendance, physique ou économique, aggrave encore leur vulnérabilité. Un mari « épuisé » par les soins à apporter à une épouse malade peut se muer en bourreau, sans que personne ne s’en émeuve.


En 2022, plus de 50 % des femmes de 70 ans victimes de féminicides l’ont été en raison de leur état de santé ou de leur âge, selon le ministère de l’Intérieur. Une réalité qui interroge : où est l’empathie dans ces couples où la maladie ou la vieillesse deviennent des motifs de meurtre ? Pourquoi la société tolère-t-elle que des hommes, sous prétexte de fatigue ou de désespoir, en arrivent à tuer leur compagne ?


L’échec des institutions : justice lente, protection défaillante


Les mécanismes de protection censés venir en aide aux victimes de violences conjugales sont rarement adaptés aux femmes âgées. Les commissariats et gendarmeries manquent de formation pour accueillir leur parole, souvent hésitante, parfois confuse. Les procédures judiciaires, longues et complexes, découragent celles qui osent franchir le pas.


Pire encore, les centres d’hébergement d’urgence ou les structures d’accueil ne sont pas conçus pour des femmes dépendantes ou malades. Où aller quand on a 80 ans, qu’on est fragile, et qu’on fuit un conjoint violent ? Les solutions manquent cruellement. Quant aux campagnes de prévention, elles ciblent rarement ce public, comme si les violences conjugales étaient réservées aux jeunes femmes.


Que faire ? Briser le silence, exiger des actes


Il est urgent d’agir. Les féminicides de femmes âgées ne sont pas une fatalité, mais le résultat d’un système qui les ignore et les abandonne. Voici ce qui pourrait – qui devrait – être mis en place sans délai :

  • Former les forces de l’ordre et les soignants à repérer les signes de violences chez les femmes âgées, et à les accompagner dans leurs démarches.

  • Simplifier et accélérer les procédures judiciaires, pour que les victimes ne meurent pas avant d’avoir obtenu justice.

  • Créer des places d’hébergement adaptées, accessibles et sécurisées pour les femmes âgées en danger.

  • Lancer des campagnes de sensibilisation ciblées, via la presse, les maisons de retraite, les centres médicaux, pour briser l’isolement et informer sur les droits des victimes.

  • Sanctionner sans faiblesse les conjoints violents, en appliquant systématiquement les mesures d’éloignement et en les contraignant à des stages de responsabilisation.


Enfin, il est temps de nommer ces crimes pour ce qu’ils sont quel que soit l’âge de la victime : des féminicides. Pas des « drames » mais des meurtres commis par des hommes qui estiment avoir le droit de disposer de la vie de leur compagne. Aucun âge ne justifie l’impunité.


Leur vie compte, leur mémoire aussi


Ce 25 novembre, n’oublions aucunes femmes, y compris celles de plus de 75 ans qui ne comptent pas encore assez aux yeux de la justice pour être comptabilisées. À nous de leur redonner une voix. Parce qu’aucune femme, quel que soit son âge, ne devrait mourir sous les coups de celui qui prétendait l’aimer.


En cas de besoin :

17 (Police secours)

3919 (violences femmes info)

3114 (numéro national de prévention du suicide pour les personnes âgées).

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